L’histoire d'Eyum Ebele king Deido 1er, le premier chef martyr Sawa

L’histoire d’Eyum Ebele king Deido 1er, le premier chef martyr Sawa

Publié le 5 mai 2020
Par Charly ngon


Après avoir refusé que son neveu se fasse fusiller suivant la loi du Dibombè suite à un meurtre qu’il a commis, Eyum Ebele King Deido 1er va accepter de mourir à la place de ce dernier. Mais qui était ce chef Martyr Sawa ?

Photo illustrative: Chef Ekwa Eyum ebele, fils de Charley Dido

Dans l’histoire du peuple Sawa, plusieurs chefs sont rentrés à jamais dans la mémoire collective grâce aux actes héroïques qu’ils ont posés. Aujourd’hui encore, les récits de leurs parcours sont cités en exemples, et ce sont toujours les mêmes noms qui reviennent : King Bell, Douala Manga, Ndumbe Bell, King Akwa Dika Mpondo … Ils sont considérés pour la plupart comme des martyrs. Cependant, bien des années auparavant, un autre chef Sawa s’était illustré par son courage et sa loyauté. Mais son histoire n’est pas assez connu du grand public, sauf de ses descendants et de certains historiens. Il s’agit de Eyum Ebelle king Deido 1er de Bonébéla (actuel quartier Deido).

Un chef visionnaire et entreprenant

Fils de Ebele Kanya et de Tena Bona, Eyum Ebele était le cinquième enfant d’une grande famille composée de plusieurs autres enfants. Il serait né vers 1770 d’après certains écrits. Il était grand de taille et avait un physique d’athlète qui forçait le respect. Son atout majeur était aussi sa force de caractère. À la mort de son frère Ebulè Ebele, il prend la tête de la chefferie Bonébéla en 1804. Homme de paix et fin stratège, il va étendre son pouvoir en annexant pacifiquement les localités de Musoko chez les Abo du sud, Ndogbele à Yabassi et Njanga dans le Nkam. Il va tisser aussi une grande amitié avec les commerçants anglais qui venaient sur la côte faire les affaires. Devenu un partenaire privilégié des hommes de la couronne d’Angleterre, ces derniers vont lui donner le patronyme de Charley dido. Et c’est avec ce nouveau nom qu’il va signer plusieurs traités importants dont celui établissant une cour d’équité à Duala.  

Du haut de ses soixante-douze ans de règne, Eyum Ebele King Deido 1er aurait pu durer encore plus à la tête de la chefferie Deido et du peuple sana en général ; s’il n’avait pas eu cet incident qui le fera entrer totalement dans l’histoire de ce peuple. Après une mésentente entre deux membres de sa famille (son neveu et son cousin), où le premier arracha la vie au deuxième, saisi de l’affaire, le tribunal traditionnel ( Ngondo) va condamner le coupable à la peine de mort. Meurtri déjà par la mort de son cousin, Charley Dido va s’opposer à la mise à mort de son neveu. À l’annonce de ce verdict, il fera une déclaration forte qui restera mémorable: « je ne peux pas accepter de perdre mon œil gauche et mon œil droit le même jour ». Pour les autres familles, ses propos seront jugés offensant à leur égard, et ils vont le faire savoir en lançant des représailles contre sa chefferie. Les confrontations vont durer trois jours,  elle fera de nombreux morts, des blessés et des déplacés. Voyant que la situation devenait incontrôlable, Eyum Ebele King Deido 1er va décider de mourir à la place de son neveu pour mettre un terme à cette guerre sanglante. Un choix qui va surprendre plus d’un dans son entourage, certains auraient voulu qu’il revienne sur sa décision, mais le chef Eyum Ebele n’était pas du genre à revenir sur sa parole. 

La mise à mort de Eyum Ebele King Deido 1er

Le 1 décembre 1876, Eyum Ebele King Deido 1er va être fusillé conformément aux dispositions de la loi « Dibombè » encore appelée la loi du talion institué par le Ngondo. D’après certains récits, le chef avait reçu six coups de fusils, mais aucun ne pu l’atteindre. La raison avancée était que, selon un vieux proverbe Deido, il était dit que, aucun descendant de Bonébéla ne pouvait mourir par une arme à feu, encore moins par un coupe-coupe. L’assistance avait d’ailleurs pu le constater de ses propres yeux. Conscient du fait que toutes les tentatives pour sa mise à mort n’aboutiraient pas, le chef prit la parole pour une dernière fois devant l’assemblée, avant de révéler comment annuler l’effet du gris-gris qu’il utilisait pour sa protection. 

Ne bénéficiant plus donc de la protection de ses fétiches, il va finalement succomber au prochain assaut des balles. Son beau-fils Ekambi Lobe Bebe qui était présent lors de l’exécution va mettre son corps dans un cercueil, et il ira l’enterrer à Bonanjo, plus précisément où se situe la poste actuelle selon certaines sources. À sa mort, Eyum Ebele King Deido 1er dit Charley Dido a laissé trente-trois femmes avec soixante-douze enfants, dont trente filles et quarante-deux garçons, sans compter les nombreux petits-fils et les enfants adoptifs à sa charge. Il a aussi laissé auprès de ses descendants l’image d’un chef courageux qui ne reculait devant rien, qui n’avait pas peur de la mort. Un tempérament qu’on dit retrouver très souvent chez les Deido’s.  

Auteur : Charly ngon

Molah ne te fie pas à mon name, je ne suis pas un mbenguiste, je suis du bled comme toi. Les hauts et les bas sont notre quotidien, donc ne fia pas c'est entre nous quoi ... comme au letch

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