[Chronique] A.N.G dévoile un deuxième EP prometteur : « Haine & Harmonie »

[Chronique] A.N.G dévoile un deuxième EP prometteur : « Haine & Harmonie »

Publié le 30 juin 2017
Par Mota__Savio


Commençons par le début. Qui est A.N.G ?

Elong Moussongo M. Angelot de son vrai nom, est un jeune producteur de musique camerounais, basé à Londres. C’est en 2008 qu’on entend parler de lui, notamment dans VRJN (Vert Rouge Jaune Dans le NOIR), 1er album de Killa Mel, sorti la même année. Il signe la prod du titre « Opposant », et co-produit « Adolescent ». On le retrouve ensuite sur « Dr Jack et Mr Napier » de Jack Napier, « Au-delà du RAP » d’Alberto les Clés, « Freedom Tools Project », « B136, KOVA NOVA » de Killa Mel ou encore « FM226 » de Kastra.

Afin de mieux partager son travail, A.N.G. travaille sur des beat-tapes. Il sort tour à tour CAPITAL « A » (février 2012) et CAPITA L «N» (août 2012). S’en suit la mixtape CAPITAL « G » (décembre 2013). Il a aussi produit deux volumes du projet « 237 On Air » qui est une collection de samples de classiques de la musique camerounaise, de Dina Bell à Eko Roosevelt en passant par Talla André Marie.

En 2015, A.N.G sort son 1er EP intitulé  « 2015 Raisons » sur lequel on retrouve le titre « Snap Me A Selfie » avec Edel Koulla et Loic Nkono. En 2016, il collabore avec son vieux compère Tom Kingue pour livrer le projet « Rome ». Un EP de 5 titres entièrement produit par A.N.G.

Today, il sort un nouvel EP  intitulé « Haine et Harmonie » dans lequel  différents univers et émotions marquent la direction artistique de ce projet. Il est question de lui,  des valeurs portées par la famille et l’amitié, de sa vision de la vie…

La chronique de l’opus

L’EP s’ouvre avec « Fuego / Haine », un titre ego-trip, sous fond de voix sorties de l’ombre, qui renvoie au feu mais surtout à sa capacité à réussir dans ce qu’il fait. Deux ans après #2015Raisons, le Beatmaker camerounais est « hors de lui ». D’une part, à cause de la haine, que le ndem peut causer mais qu’il utilise comme une force. D’autre part, grâce à la « dualité » même de tout le projet. En d’autres termes, les sentiments qui naturellement s’opposent, se côtoient. La haine fait place à l’harmonie, le bien combat toujours le mal, et la lumière n’est jamais loin de l’obscurité.

Le second titre  « Mon Frère », déjà disponible depuis 2015, est un message à l’endroit de ses potes. C’est sous fond de Grime, un rythme qui fait mal en Angleterre qu’il célèbre l’amitié plus forte que les liens de sang. On ressent au passage cette haine qu’il utilise pour défendre ses potes dans l’harmonie.

Le troisième titre « N.O.I.R » : Nul n’Osera Insulter ma Race est un freestyle de 1min 27 secondes dans lequel le beatmaker clame haut et fort sa noirceur/négritude. Sur un rythme effréné, type prod rap, il est question de réveil – culture – et de beauté de la mélanine. C’est sans doute l’un des titres les plus forts du projet tant au niveau lyrical que sonore. Et, comme il le dit lui-même «  AGAIN AGAIN AGAIN !!! ».

Le quatrième titre « Plus le même » rend compte de l’homme qu’il est devenu. Il a enfin trouvé le pardon qu’il cherche depuis au point de chanter sur une prod aux sonorités Jazz. Finis les couloirs sombres, les coups foireux, et les ndems qu’il exprimait dans GUY, un titre extrait de 2015 Raisons. Le gars est prêt à accueillir les lumières, l’harmonie, bref, le bien-être.

Mais dans « Stoner », il retombe vite dans ses travers. Ses démons refont surface car, si la Dope fait toujours débat, pour ANG, elle le rend complètement stone. Résultat ? Dans son coin, il est « fonce-dé »  et le rythme de la chanson l’est aussi…

Puis vient, « T’étais Où ? » en featuring avec Tom Kingue a.k.a Muna Mboa. Un morceau adressé aux voyeurs, mais surtout un témoignage de hustle, à travers laquelle la rage donne l’énergie. Avec un rythme rap – hip hop – c’est easy de poser aisément pour les deux potes, qu’on a eu l’occasion d’écouter longuement dans ROME, l’EP de Tom Kingue, sorti il y a quelques mois et dont nous avons fait écho ici.

Changement de fréquence avec « Fragiles ». On retrouve un artiste plus mélancolique. Au bout d’une histoire d’amour, ponctuée par la naissance d’un enfant, et les difficultés du quotidien, on est à deux doigts de verser une larme.  On constate aussi qu’il s’agit, d’un morceau typique du début des années 2000, genre RnB, qui tire sa force dans le refrain de Bobby Zion.

Quant à « Booty », la tentation est trop forte pour ne pas l’écouter. On sait ce qui arrivera à la fille. Ce  « faux chant », n’est pas anodin. On croirait entendre à quelques égards, Damso. Comment ? Cette façon de faire du mal dans les sons et en tirer de la joie. A.N.G s’essaye à ce jeu, bien ou mauvais, à chacun de se faire son avis. Anyway, une chose est certaine, il ne s’agit que du S.A.L.E !

Quand « Ride » arrive, on est quand même en droit de se demander ce qu’il a essayé de faire… Avec une voix faussement roque, il essaye de ride, courir, se sauver, après quoi ? Man no know. On percute difficilement sur le truc ! Tout comme « Moi & Ma Baby » qui est comme un mélange de Booty et Ride. On écoute, on secoue la tête, on voit (on essaye) de voir sa baby, qui se la joue –panthère respectueuse de son homme. Mais ça demeure difficile.

Mais comme une douceur, « Le Ndem » arrive sur une guitare espagnole, au détour d’une prod’ magique signée par lui-même. On ne s’en lasse pas depuis, tant l’ambiance, le sujet et l’histoire retiennent notre attention.  A.N.G est dans « Le Ndem »  à cause du rouge à lèvres d’une femme autre que la sienne.  Difficile d’imaginer un autre scenario et de ne pas (ré) appuyer sur le bouton play.

Par ailleurs, l’énergie vient du sol avec « 237 Flow » et Dareal. Quel plaisir d’écouter le Blue Magic ! Entre technique, et haine, le MC de Mvog-Ada à Yaoundé donne une dose d’énergie à la Sawse d’A.N.G. Ce qui nous renvoie « Dans la maison ». Il fait bon de vivre au Mboa. La douceur de la maison, les belles femmes, et la fraicheur d’un Sawa font que Douala et précisément Deido (Sa terre natale) est le plus bel endroit du monde. Malheureusement la coupe est pleine dans le morceau « Plein de… ». Problèmes, soucis, groupies, blessings, tout est bon à prendre.

On termine l’EP avec « Cancer/ Harmonie », l’un des titres les plus profonds du projet. Tout y passe quand on écoute. La tristesse de perdre les siens, l’importance de la famille, les difficultés de la life. On écoute un père qui parle à son fils en filigranes. Il le met en garde, il est vrai en back – back, sur la frontière entre le bien et le mal. Et oui, on revient aux fondamentaux. La haine et l’harmonie s’opposent mais restent proches. Le combat entre les lumières et les ténèbres persiste. C’est peut-être la raison pour laquelle  il parle au petit être qui fera face à cette jungle qu’est la vie. Comment ? En prenant un air de bad boy qui vient tout niquer au point de dépasser cette haine – destructrice – qu’il dégage, en la transformant, on ne sait comment, en harmonie.

 Téléchargez « Haine & Harmonie » ici

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