Traditions et légendes : Le roi Njoya et l’invention de l’écriture Shü-mom

Traditions et légendes : Le roi Njoya et l’invention de l’écriture Shü-mom

Publié le 10 septembre 2018
Par Charly ngon


Le roi Njoya est l’un des rares monarques ayant marqué l’histoire de l’Afrique grâce aux échos de ses nombreuses réalisations parmi lesquelles l’invention de l’écriture Bamoun ou encore Shü-mom. Plus d’un siècle  après sa création, elle continue de susciter de l’intérêt auprès du public tant par son originalité que par son processus de mise en forme. Today sur Auletch on vous dit tout.

Source: Wikipédia

Le Roi Njoya en créant une écriture voulait tout abord assurer l’unité linguistique du royaume Bamoun, se démarquer des autres peuples, augmenter le prestige du peuple Bamoun, mais surtout le sien en tant qu’un monarque réformiste. D’ailleurs la nouvelle de cette invention n’avait pas tardée à être  relayée par une revue missionnaire intitulée « Der evangelische Heindenbote » publiée en 1907 à Bâle.

Elle disait quelque part dans un royaume hissé dans les montagnes, un jeune monarque connu sous le nom de Njoya, a créé une écriture pour son peuple. Du coup tout le monde s’est pris d’intérêt pour le peuple Bamoun. Voila ce qui pourrait justifier l’arrivée de nombreux colons dans le département du Noun. Njoya avait vite compris l’importance du tourisme et il ne faisait jamais les choses à moitié.

 Le royaume Bamoun au cœur de la diversité linguistique

Source: monwaih.com, Njoya et son peuple

Avant de parler de l’écriture Bamoun, il est aussi important de lever le voile sur les différentes tribus qui vivaient dans le royaume. Dans une revue publiée aux Editions de L’Harmattan titrée « Parlons Bamoun », Emmanuel Matateyou souligne que « Dans tout le département du Noun, une seule langue est parlée par tous : Shü-mom. Malgré cette unité linguistique, on retrouve une diversité à l’intérieur de cette population ». Comme pour dire une partie de la population parlait Bamoun et l’autre non.

Une situation qui a été rendue possible par les guerres tribales ou encore les conquêtes de nouvelles de terres où à chaque  fois les guerriers Bamoun soumettaient leurs adversaires. C’est ainsi que les populations vaincues étaient contraintes de parler le Bamoun et la langue a été ainsi répandu dans tout le Noun. L’on peut s’essayer de dire toutes proportions gardées que Njoya voulant à tout prix maintenir l’unité dans son royaume aurait eu l’inspiration de créer l’écriture pour avoir un contrôle sur les populations.

Quand le rêve devient une réalité

Source: chateaunews, Njoya et les premiers élèves de son école

Le roi Njoya est né vers 1876, jugé très jeune pour accéder au trône, sa mère et son oncle vont s’en charger en attendant qu’il atteigne la majorité. Mais son oncle ayant pris goût au pouvoir ne veut plus laisser, il songe même de se débarrasser de lui. Il n’aura la vie sauve que grâce au soutien du lamido de Banyo, qui mobilisera sa cavalerie qui va mettre en déroute toutes les velléités de l’armée de son oncle. C’est ainsi qu’il prend les rênes du royaume alors qu’il n’est qu’âgé de 19 ans.

Pour remercier ses nouveaux alliés et surtout consolider son alliance, il décide de s’islamiser. C’est donc au cours d’un de ses enseignements et surtout son contact avec les autres cultures que le jeune roi va développer l’idée de créer une écriture pour son peuple. Si à l’époque cette initiative était vue comme irréalisable, ce n’était pas le cas pour Njoya. Ce n’était pas le genre de personne à baisser les bras à la première difficulté. La construction de son palais est la preuve même de sa ténacité.

 

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Un jour, en plein sommeil, il va faire un rêve qui va marquer à tout jamais l’histoire de son règne. Dans son songe, il voit un homme, lui ordonnant de prendre une planchette sur laquelle il doit faire le dessin d’une main, puis de nettoyer ce dessin avec l’eau et de la consommer. Intrigué par ce qu’il a vu en rêve, à son réveil, Njoya va refaire la scène telle que dans le rêve. Plus tard, il va réunir ses plus proches collaborateurs en leur disant ceci : « si vous dessinez beaucoup de choses différentes, et que vous les nommiez, je ferai un livre qui parlera sans qu’on entende ». Mais personne ne semblait prendre l’initiative du roi au sérieux.

Il leur demanda à nouveau : « eh bien ! leur dit-il, qu’avez vous pensé au sujet de ce livre ? Quoi qu’on fasse on ne réussira pas ». Njoya ne voulait pas lâcher prise « Bien j’accepte ce que vous dites. Je veux pourtant essayer moi même et si je n’arrive pas, je laisserai, allez dessiner des choses différentes et vous m’apporterez ce que vous aurez fait ». Ils retournaient malgré eux refaire plusieurs tentatives et revenaient les présenter de nouveau au roi. Njoya de son côté s’était aussi remis dans la recherche de bonnes formes. A la fin, il compara son travail avec celui de ses collaborateurs sous l’œil avisé de deux de ses plus proches collaborateurs à savoir Mama et Adzia. Par cinq fois, le roi essaya d’obtenir un résultat en vain, mais  la 6ème tentative fut  la bonne. L’écriture Shü-mom venait de voir le jour.

Au départ l’écriture du Roi Ibrahim Njoya comptait prés de 510 signes qui représentaient des dessins pouvant renvoyer a une expression ou un mot. En 1930, elle va connaitre des modifications qui va la ramener à 70 signes composés de cinq voyelles. Njoya s’est appuyé sur le Shü-pamben et du Shü Pashom pour asseoir son écriture, deux langues étrangères qu’il voulait faire disparaître au profit du Shü-mom. Il a donc mis en place une base de grammaire lui permettant d’obtenir de nouveaux phonèmes pouvant être tirés d’autres langues.

Source: Pierre déléage wordpresse

Cette technique permet encore de nos jours de développer l’écriture Shü-mom en fonction de nouvelles langues et de nouveaux sons. Autrement dit l’écriture Bamoun peut évoluer en prenant racine sur les autres langues locales du Cameroun et d’ailleurs. Njoya a fait construire au royaume une quarantaine d’école pour former les populations. Entre 1896 et 1930, Njoya utilise cette écriture dans la rédaction de plusieurs ouvrages dont il sera l’auteur, mais le plus connu de tous est  l’Histoire des lois et des coutumes des Bamoun. Selon certains historiens les cinq derniers chapitres ont été rédigés alors qu’il (Njoya) était en en résidence surveillée sous les ordres du général Marchand.

Le roi Njoya va mettre en place un bureau d’Etat civil où l’on enregistrait les naissances, les mariages avec son écriture et même les décisions juridiques du tribunal traditionnel. Dans sa politique de vulgarisation de l’écriture Bamoun, une école Shü-mom voit le jour dans les hauts plateaux de l’Ouest. Mais pour l’administration coloniale de cette époque, cette initiative était un frein au processus de colonisation qu’il voulait mettre sur pied, encore que pour le colon français, il fallait à tout prix imposer la langue française dans les territoires d’Outre-mer. C’est ainsi que toutes les écoles où on enseignait l’écriture Bamoun vont être fermées et interdites.

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Njoya est arrêté, destitué de ses attributs traditionnels, puis il est envoyé en exil à Yaoundé où il décède en 1933.  Le sultan Njimoluh Njoya qui devient le nouveau monarque, va continuer de dispenser les cours clandestinement dans la cour royale aux princes, aux notables et aux serviteurs. Il aura fallu attendre 2002 pour voir sortir des tiroirs du passé un projet de réhabilitation de cette écriture dans les écoles autrefois fermées. Bien que la mesure ne situe qu’au niveau du département du Noun, ne peut-on pas développer un module d’enseignement dans nos écoles comme les autres langues ?

Source : www.royaumebamoun.com /  www.grioo.com / www.salonecriture.org

 

 

 

 

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