Le rapport historique des peuples du Nord Cameroun avec les zones montagneuses - Auletch

Le rapport historique des peuples du Nord Cameroun avec les zones montagneuses

Publié le 23 juin 2016
Par Grand Prof


pic de ratsiki
Pic de KAPSIKI

De l’Adamaoua au Nord, le relief est plus ou moins élevé, avec bien évidemment de vastes plaines et quelques zones montagneuses. Plus l’on se rapproche de l’Extrême-Nord, plus nous avons de véritables montagnes dont les plus connues sont les monts Mandara. C’est un massif montagneux volcanique situé à la frontière entre le Cameroun et le Nigeria. Leur point culminant est le mont Oupay avec 1 494 mètres d’altitude. Dans cette zone donc, vivent les montagnards composés des tribus suivantes : les Fada, les Mada, les Mouyeng, les Zouglo, les Mafa. L’on pourrait remonter leur présence dans cette zone au septième siècle.

Selon l’historien Yves URVOY, c’est le résultat de batailles avec les guerriers peuls du grand empire Sokoto. Ces peuples soudano sahéliens qui essuyèrent à chaque fois des défaites face aux Peuls, durent se replier dans les montagnes pour assurer leur sécurité. C’est ainsi que contraint à y vivre, ils ont pu s’adapter à cet écosystème.

En plus de l’organisation politique qu’ils ont mise sur pied, ces peuples ont développé un système religieux fortement influencé par leur milieu de vie. En fait, c’est dans les grottes que regorgent ces montagnes que sont pratiqués l’ensemble des rites religieux. Tout élément lié à la pierre est digne d’être sacré. Des cérémonies telles que les récoltes, la chasse groupée, les décès, les naissances ou même la fête des taureaux, imposent généralement des rituels bien particuliers, et appliqués sur un plateau fait de roche. Durant ce rite, le devin ou l’officiant invoque la mémoire des ancêtres à l’aide de quelques cailloux sélectionnés minutieusement et propre à la circonstance. Comme le précise si bien le sociologue camerounais Alawadi ZELAO*, les cailloux et le plateau rocheux ont une dimension des plus sacrées selon le devin. Et le plateau sur lequel s’est déroulée la cérémonie devient un lieu chargé de symboles ; interdit aux enfants et aux femmes. Il ajoute en disant que seuls les hommes c’est-à-dire  le devin, l’officiant religieux, l’autorité traditionnelle, chef de famille … y sont invités.

Ces rites qui rythment la vie des montagnards montrent comment ces peuples sont attachés à cette zone devenue pour eux l’essence même de leur culture.

 

 

*source : «dynamique spatialité et stabilité des ré-présentations socio-identitaire chez les peuples des montagnes au nord Cameroun » paru dans le colloque international de Yaoundé du 23 au 25 janvier 2008 sur les mutations en Afrique

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