Mieux Vaut Tard Que Jamais : que vaut la dernière mixtape de Dareal ?

Mieux Vaut Tard Que Jamais : que vaut la dernière mixtape de Dareal ?

Publié le 22 juillet 2019
Par Mota__Savio


Arrière plan rouge, chemisette fleurie, bague au pouce, montre vissée au poignet, pendentif porté en sautoir, dreads-locks naissants, visage traversé par une déchirure. Dareal pose d’un œil/air déterminé sur la pochette conçue par Alaka Oloko, l’infographe que tous les artistes camerounais s’arrachent. Difficile de ne pas se rendre compte de l’effet rougeâtre du visuel et de la police qui affiche grandement les premières lettres – MVTQJ – d’un opus sous fond de diss-track, de ras-le-bol, et d’histoires sans fin : Mieux Vaut Tard Que Jamais.  

 

 

Pour être honnête, j’ai retardé à mettre des mots sur la nouvelle mixtape de Dareal pour deux raisons.  La première est d’ordre technique. Le rappeur de Mvog-Ada et comme plusieurs artistes camerounais,  a mis en ligne son projet sur les plateformes légales de streaming pour des raisons évidentes. (S’arrimer aux exigences actuelles du marché de la musique, être streamer et espérer engranger des sous…) Seul bémol, certaines plateformes de streaming sont consultables en majorité au Cameroun, grâce aux VPN, et des comptes Freenium et avec un peu de chance, Prenium, provenant des abysses du web. Un casse tête chinois pour les fans. Par contre, dans le circuit légal, les fans téméraires doivent débourser près de 10 Euros, soit 6500 XAF moyennant un abonnement mensuel, pour profiter de toutes les fonctionnalités de Spotify par exemple; ce qui élimine de la course, des fans soucieux de découvrir la musique en ligne. Car, en dépit des idées répandues, les camerounais bataillent encore pour streamer et/ou télécharger du contenu, qu’il soit musical ou non, sur internet non seulement à cause du taux de bancarisation faible et surtout du fait des vicissitudes de la connexion internet.

 

La deuxième raison est liée inextricablement à la musique de Dareal. Il y a quatre ans il sortait 1×2+, un EP marqué à la fois par les confidences teintées d’egotrip  et la fin d’une collaboration entre le rappeur et son équipe. Petit Flashback. Nous sommes en 2015. Aux prises avec la clique de FrenchKind – marque de vêtements et bannière qui contribue à propulser Dareal aux yeux du public en 2014, en l’occurrence avec C’est Quoi Ton Way ? – notamment avec Rostand Mvie aka Rostou, propriétaire de ce « label », Dareal lâche un diss-track qui sonne le glas de leur collaboration. Pourtant, quelques mois avant, l’équipe prenait la route au cœur du Cameroun, pour des Pop-Up dédiés aux nouvelles collections de la marque FrenchKind. A Douala, le 20 décembre 2014, Dareal arborait avec fierté l’intriguant t-shirt frappé des lettres de LA MORT. Sans qu’on ne sache véritablement ce qui s’est passé au cours de l’année suivante, le rappeur longiligne disait oui à la vie et se confiait sans fards sur Petite Pause, extrait de 1X2+, son EP et premier projet sorti en 2015.

 

« On est tous ready to die depuis la naissance
Rien n’est parfait donc on est tous un peu malade
Présente solution, futur problème, éternel recommencement
Conclusion: l’homme est un éternel convalescent »

 

2019. Dareal en est encore là. Le MC chancelle de plus belle. Entre les plaintes à l’endroit de Mahine Sef, relayées par Bweli Tribe, son passage éclair chez Sono Live, dont il admet sur Outro que Ça a cuit, et ses annonces de retour avortées, l’ex membre du groupe Famil-X (avec Teddy Doherty), a finalement lâché le 14 juin dernier son second projet intitulé « Mieux Vaut Tard Que Jamais » sur Square Flow, son propre label. Au total, 14 douilles pleines de testostérone, des tracks étonnants de part leur structure et la façon de poser, et un diss-track inattendu, « All The Smoke », qui clôture comme par surprise ce nouvel opus. Une fois de plus, Dareal taille en pièces une connaissance, envoie balader son passé avec ladite personne et s’épanche sur les raisons de son ras-le-bol.

 

« Darealozor, une fois de plus hein !

On ne dit jamais 2 sans 3.

 J’espère qu’il n y aura pas de 3ème fois.

Que ceci serve en fait d’avertissement, de mise en garde.

Hey yo, Paola Audrey, okay, let’s go.

Le corbeau vit aux dépens de ceux qui sont accrochés à son bec»

 

 

 

Loin de moi l’idée de m’intéresser aux contours de ses deals. Ses choix l’engagent. Sa musique également. Malheureusement cette dernière chancelle depuis un bon moment. Et « Mieux Vaut Tard Que Jamais » n’arrange pas ses affaires. Dareal, l’ambidextre essaye de renouveler l’expérience du premier projet avec beaucoup de difficultés. Le MC revient avec une formule déjà usitée dans le passé. Il clashe, s’essaye au récit d’histoire tant bien que mal, et s’appuie sur les mêmes référents pour évoluer. Si en 2015, son storytelling fonctionnait, le rappeur était en état de grâce sous la férule de la marque au croissant. Qu’on le veuille ou non, de Françoise Fonning, à Jackpot, en passant par Omega ou encore Souffrez Mourez, sans oublier son couplet sur le remix EtP8Koi, – qui a eu le mérite de le présenter aux fans de Jovi – Dareal faisait parler. Les retours sur les réseaux sociaux (A défaut d’avoir d’autres paramètres de mesure…) montraient que le MC suscitait de l’intérêt. Il faisait partie de cette vague de MCs de Ongola en vue. On pouvait ainsi citer Teddy, Inna, Venum, Jovi, Communauté Urbaine, XZafrane, Daddy Scott, 2P Negger, Malick, et Dareal. Ce dernier écumait les radios et les programmes notoires dans le microcosme de la musique urbaine au Cameroun.

L’éternel recommencement…

Aujourd’hui, j’ai l’impression d’entendre un rappeur qui ne s’est pas relevé des coups bas dont il prétend avoir été victime. Oui prétend. Je ne sais que ce qui a été publié sur le web. Tout comme Spido, Dareal fait de la résistance. Auréolé d’un accueil favorable depuis le boom de la musique urbaine au Cameroun, Dareal ne doit plus que sa place actuelle à ses tracks sortis avant 2016. Il y a eu des Palabah, au point de changer la fréquence mais force est de constater que ça a cuit. Les prouesses de Franko et Maahlox en 2015, influencées par l’afrotrap de MHD, ont révélé qu’il était possible d’accélérer une prod et faire du rap chanté. Attentif, Dareal à son tour, et, au nom d’une tendance qui pour le moment compte les plus grands succès de la musique urbaine camerounaise, sortait un morceau « Ça a cuit » qui à lui seul dénotait de ses atermoiements.

Plus tard, on croyait le retrouver sur « Au Calmozor » mais en publiant en fin d’année 2018, l’extrait de « Tu Ndem » avec Teddy, le MC est vite retombé dans ses travers. S’il est connu que Teddy cherche de plus en plus des jeux de mots dans ses lyrics, on ignorait que Dareal pouvait poser et balancer des phrases toutes faites. Il pourrait revendiquer une écriture libre que le spectre de Sojip continuerait de se balader dans les studios. Le rappeur de Big Dreams Entertainment sans le vouloir édicte une façon d’écrire dans le rap camerounais. Les aînés s’en défendent et prônent une liberté dans le style. La recherche de punchline est effrénée. Dareal ne semble pas être en reste.

« Comme dans l’avion renois, tout est une affaire de classe.

Si j’ai pu faire écho, c’est qu’en business j’ai ma place

Donc sagement je taffe. J’ai appris de mes gaffes.

Je ne wait plus leur faux soutien. Il y en a que je dégrafe. »

 

Sur « C’était avant », ne profitant pas de la prod taillée de Ricky Beatz, Dareal tombe dans une longue énumération qui ne rime pas à grand-chose. « Mapanes » s’inscrit dans le même sillage. Un thème, des phrases piquées ci et là mais sans une écriture qui retient l’attention. Pourtant Dareal se démarquait des autres MCs par sa capacité à prendre à bras le corps des beats sauvages comme sur Ova Ndjoka avec DJ Labastille. Féru d’ego trip, il parvenait néanmoins à être cash, trash sans verser dans la facilité. « Bahat » est le type de morceau qui illustre cette manie de Dareal. En quatre minutes, il pose et répète à tue-tête le titre. « Chutes » avec Elena Serna, qui marque le second featuring du projet montre un artiste qui essaye tant bien que mal. On ne s’attardera pas dessus. La formule est connue même si dans ce cas,  Elena Serna apporte un peu de douceur. Du répit non. Dareal offre une version trash de Coco de Inna sur Avant Goût, intitulée « (Wo)Men Are trash ». L’histoire est normale. Dareal s’essaye encore à autre chose. Le résultat n’est pas exquis mais le track a le mérite de retenir l’attention.

Au final, l’intro chargée sur la prod de A.N.G qui annonce les couleurs du projet et le diss-track qui n’a pour l’instant reçu aucune réponse m’ont poussé à appuyer sur la touche repeat. Le travail de BTR Recordz sur le mix et le mastering y est pour quelque chose; ce qui rend ces deux tracks lit. L’attente en valait donc la peine ? Fatalement ce disque s’achève comme son projet précédent. Le concours des Apres moult difficultés, des histoires avec les femmes, la vie au quartier racontée sans succès ou du moins loin du lyrisme de Terre Mère en 2015, ce disque se termine sur des notes d’un rappeur qui se défoule sur un sujet, qu’il soit boss d’une marque de sape, un vidéaste, ou une consultante en relations publiques. Dareal vacille toujours, pris entre son envie de bien faire et ce qu’il rencontre sur son chemin.




On écoute le projet ici. 

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