Mboa Tape 4 : chronique d’une compilation fournie, diverse et camerounaise avant tout 

Mboa Tape 4 : chronique d’une compilation fournie, diverse et camerounaise avant tout 

Publié le 25 décembre 2017
Par Mota__Savio

2013. « Après quelques recherches et au hasard des rencontres, j’ai eu l’idée de réaliser une compilation de titres 100% camerounais, offrant une plate-forme à des artistes underground, débutants ou émergents dans un environnement où la musique urbaine camerounaise avait du mal à s’exprimer face à la musique nigériane jouée à tous les coins de rue » explique Esther Diane Naah (@Esta_) dans un billet sur son Medium. Quelques années plus tard, et plusieurs artistes révélés et ou mis en lumière – Stanley Enow, Jovi, Dareal, Gasha, Mink’s, Zayox, Tilla, Adango Salicia, CoolKid etc… -, la Mboa Tape est aujourd’hui à son quatrième volet. Voilà pour la légende.

Ce qui n’est pas une légende en revanche, c’est que, quatre ans plus tard, la Mboa Tape est devenue l’une des principales initiatives dans la musique urbaine au Cameroun. Contre vents et marées, la Mboa Urban Music – du nom du label éponyme –occupe désormais une place de choix au Cameroun. « Il est important de savoir que le propre de la musique urbaine est cette capacité de pouvoir mélanger les genres musicaux et les influences, ce qui lui confère une vraie richesse culturelle. Il sera donc tout à fait possible de retrouver des styles musicaux autre que ceux que l’on a l’habitude d’entendre habituellement c’est-à-dire le rap, le reggae, soul, RnB » expliquait Esta lors d’une interview sur afrokanlife en mai 2013. La démarche est simple. Réunir des artistes de divers bords ou pas pour créer quelque chose d’inédit. La recette a été peaufinée sur les trois premiers volumes mais ce dernier propose plus d’osmose, de collaboration et de développement. Il était donc temps de passer à l’étape suivante, une Mboa Tape qui regroupe tous les sonorités camerounaises, empruntées ou pas mais qui dominent dans les playlists au Mboa.

Disponible depuis le 18 décembre dernier, à coups de tweets, et après une pré-sortie – #RendsLaTape – le chef d’œuvre est consommé depuis quelques semaines, et ce n’est pas la femme voluptueuse sur le cover réalisé par Bine Moukouri (@binemoukouri) qui dira le contraire. Les mélomanes se sont pressés au point d’atteindre la limitation Google Drive au bout des 24 premières heures. Rien que ça ! Commençons par quelques points négatifs : des chansons telles que « Love Song » de Egbe, le producteur camerounais qui a intérêt à se faire connaitre, « Woman Crush » de Tzy Panchak, « Bloqué » de Jeannie, « Prends ma main » de Nabila, et « Fragiles » d’A.N.G étaient d’ores et déjà disponibles avant la sortie de la Mboa Tape. Une ou deux chansons, oui, trois, ça passe encore mais mettre plus de cinq titres, peut laisser une sensation de déjà vu chez un mélomane averti. Il est peut-être temps d’obliger (de leur faire savoir) les artistes à envoyer des chansons qui ne sont pas encore out. Dans le contraire, dommage pour les pointilleux.

On comprend aussi que le niveau d’informations varie en fonction des publics. Il en existe plusieurs. Un fan sera (pourrait) être moins au parfum qu’un homme des médias même si dans certains cas c’est souvent le contraire. Comment est-ce possible ? Là est un autre débat. Par ailleurs, peut-être que la liste d’invités aurait pu non seulement être réduite (Il y a 26 chansons pour ce quatrième volume au total) C’est à dire que la face A est moins digeste et entraînante que la face B. Est-ce du fait des sonorités ? Le nombre de tracks ? La manière dont les thèmes sont développés ? Ou tout simplement des choix artistiques ? Anyway, cette première partie est trop lisse, trop carrée et sans doute moins recherchée. Ce qui peut expliquer cette impression de « it’s good but… »

Pour le reste, pas grand chose à redire : La Mboa Tape 4 offre des bonnes pioches notamment sur cette Face A. Joel P et Ko-C (qui pour le coup nous surprend agréablement) font du love, Jeannie, la go un peu frenchie sur les bords, qui célèbre le girl-power (Vous ne voyez pas ça ?) et tout ce qui s’en suit après une déception amoureuse. Djessy N qui est sur la défensive dans « Ne les écoute pas » et Jahkiss qui vante le Mboa dans « Le pays est doux ». Une belle balade au cœur du pays, entre le ghetto et un milieu de boboh mais surtout loin des vicissitudes. C’est donc douze chansons majoritairement développées autour de l’amour, des déclarations folles et des références à l’être aimé. Les esprits sensibles (vifs) auront de quoi faire décoller les soirées…

Et sur la face B, la Mboa Tape 4 place de véritables morceaux qui marqueront l’année prochaine : citons « Black Power » de Dready Christ. Da man get something. A l’écoute, il déchire sur cette prod de Deejae Glenny. Et encore plus sur scène. Comme c’était le cas il y a quelques semaines au Douala Hip Hop Festival 2017. Ensuite, « Ndolè » de One, Malik, Sojip sur la prod de Stormz Kill It, bien connu pour ses prods-chaudes déchirées (oui, il faut souvent dire les choses) par Dareal. Mais revenons à Sojip qui balance des lyrics venus tout droit du kwatta. Tout comme dans « Ma vie ne gui pas », le jeune rappeur se lâche tel un bendskin sur le pont du Wouri. Connaisseur connait, Compreneur comprend, Sojip est l’un des fleurons de cette Mboa Tape 4. Enfin, « Tu lap hein » de PaP est sans doute le track le plus fou de la Tape. Vous doutez ? Du sale rire narquois et moqueur de la go en fond, aux lyrics recherchés du rappeur pour terminer et enfin une prod osée sur un titre (si on s’arrête au titre) qui laisse croire à l’afropop actuel au pays. .

Dans un genre plus ou moins cadencé, « Ngrimba » de Kikoh – produit par Sangtum – se place comme le titre rap mid-tempo de la Tape. Rien d’extraordinaire mais le way a le mérite de retenir l’attention tout comme « 100 Nkong » de Pascal. Car l’ex membre de New Bell Music est toujours dans la course. Avec un style facilement reconnaissable, des thèmes toujours proches du Mboko, et le hustle en toile de fond, Ndimofor Pascal est à l’aise quand il conte le quotidien dans le Mboko.  Or, « Borbor » de Mic Monsta,  « Rendez-vous » de Malik et « Ton pied mon pied » de One laissent dubitatifs. Les prods sont- elles la cause de ces contre performances ? Non ! Bien qu’on essaye d’entrer dans leur univers, il est difficile de les cerner pour l’occasion alora que ce sont de bons rappeurs. Mic Monsta connu pour son style lyriciste, Malik aussi, et les jeunes de One qui sont encore plus « fous » que ce qu’ils laissent entendre sur ce song. Déception donc…

La sortie de la Mboa Tape est l’un des événements de l’année dans le petit monde de la musique urbaine au Cameroun. La team Mboa Urban profite d’un contexte davantage ouvert aux collaborations, aux expériences et aux nouveaux défis. Après #RendsLaTape, qui posait les jalons autour des mixs, la Mboa Tape 4 se positionne donc comme la vitrine d’un mouvement en plein essor tant chez les prescripteurs (artistes, producteurs, beatmakers, médias) que chez le public. Un public camerounais qui n’attend que des initiatives pareilles pour (de) montrer son niveau d’adhésion. Car, une chose est désormais certaine, l’engouement est là. La joie tout aussi mais quid de l’accompagnement d’un tel projet ? Comment faire passer l’expérience à un niveau supérieur ?  Co-branding ? Crowdfunding ? Commercialisation de l’œuvre ? Sont autant de questions qu’on peut se poser.

Anyway, la Mboa Tape 4 est disponible. On enjoy et on télécharge ici.  

 

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