L’Abbia : un jeu de société Fang-Béti porté disparu

L’Abbia : un jeu de société Fang-Béti porté disparu

Publié le 30 septembre 2020, par Charly ngon

Dans la culture Fang-béti, les jeux de société ont toujours été au centre de la vie des populations. Ils participent à la consolidation et à la pérennisation des valeurs ancestrales de la communauté. Il y a le songo ou encore le jeu de dame dont on connait le caractère ludique. Mais l’Abbia qui était aussi dans ce registre, avait un côté très pernicieux qui a été à l’origine de son interdiction par l’administration coloniale allemande. On vous dit pourquoi. 

Abbia, Bang-Béti
Jetons d’Abbia, Catawiki.eu

 L’Abbia est un jeu de hasard pratiqué pendant de nombreuses années par une partie des populations Fang-Béti du Cameroun. On peut situer cette période avant et pendant la colonisation allemande. Les adeptes de ce jeu étaient dans les localités comme Doumé, Sangmelima, Akonolinga, Ebolowa, Kribi, Mbalmayo et Abong-Mbang. Pour participer au jeu, les joueurs avaient besoin d’objets appelés jetons. Ceux-ci étaient fabriqués à partir des noyaux d’un fruit surnommé Elma. Chaque jeton était représenté par un dessin sculpté avec finesse sur l’une des faces. Ces dessins réalisés avait un lien direct avec le quotidien du clan, les croyances, les rites et l’identité du joueur. L’Abbia était un jeu de société très prisé, mais il avait un côté très dangereux qui a poussé les colons à y mettre un terme. Selon certains récits, l’administration allemande avait même décrété la peine de mort par pendaison à quiconque se livrerait encore à la fabrication de ses jetons. Ce jeu avait vraiment du succès auprès des populations avant qu’il ne disparaisse.

 

Abbia, Fang-Béti
journals.openeditions.org

L’accès au jeu n’était pas à la portée de tout le monde. Il fallait être fair play, car en cas d’échec, le butin revenait au vainqueur. Les rencontres se faisaient le plus souvent au milieu du village, et parfois en dehors ou dans les cases à l’abri des regards. Les joueurs formaient un demi-cercle ou un cercle entier. Ils pouvaient atteindre un nombre illimité de joueurs ou formaient des groupes de deux, tout dépendait des règles. Plus il y avait de joueurs, plus la mise devenait importante. Pour éviter toute possibilité de tricherie, une personne était chargée de veiller au bon déroulement du jeu. Elle était choisie pour ses connaissances des règles du jeu, du respect de la tradition et de sa probité.

En ce qui concerne le déroulement du jeu, le principe était simple. Cela ne demandait pas un exercice cérébral intense comme le songo ou le jeu de dame, seulement d’un bon coup de chance. Les jetons étaient placés dans une calebasse. À tour de rôle, chaque joueur secouait énergétiquement dessus avant de la renversait brusquement. C’était la règle du pile ou face, lorsqu’un jeton tombait sur la face pile, le jouait remportait le jeu. À la fin du jeu, la joie des uns contrastait avec la tristesse des autres, parce que au-delà du simple jeu, les  joueurs misaient leur héritage (champs, des terrains, bétail), parfois même femmes, enfants et d’autres biens qu’ils avaient en leur possession. Et du jour lendemain, il y avait ceux qui devenaient riches et le autres très pauvres. L’autre côté obscure de l’Abbia, ce sont les pratiques maléfiques auxquelles livraient certains joueurs pour nuire.

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Sur le plan artistique, les jetons de l’Abbia étaient de véritables œuvres d’art. Des pièces exceptionnelles qui témoignaient de l’existence d’un art propre aux peuples de la forêt. À travers ceux-ci, l’artiste laissait exprimer son imagination, sa contemplation de l’environnement dans lequel il vivait. Chaque jeton avait des motifs particuliers. Ils représentaient pour la plupart les scènes de chasse, les femmes dans les champs, les scènes érotiques, les animaux, les plantes médicinales et bien d’autres éléments. Les jetons de l’Abbia avaient aussi un côté mystique, car pour pouvoir interpréter les messages qui se cachaient sur les motifs, il fallait avoir une certaine connaissance des us traditionnels. Plus d’un demi siècle après son interdiction, il est difficile aujourd’hui d’affirmer si l’Abbia est toujours pratiqué au sein des populations Fang-Béti. Mais ce que l’on sait c’est que, certains jetons de l’Abbia sont exposés dans les musées ou vendus à des collectionneurs.

Auteur : Charly ngon

Molah ne te fie pas à mon name, je ne suis pas un mbenguiste, je suis du bled comme toi. Les hauts et les bas sont notre quotidien, donc ne fia pas c'est entre nous quoi ... comme au letch


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