Delly Fofie, "Le challenge principal à cette époque est d’avoir un produit qui répond aux besoins des internautes africains et camerounais"

Delly Fofie, « Le challenge principal à cette époque est d’avoir un produit qui répond aux besoins des internautes africains et camerounais »

Publié le 19 avril 2017
Par Au Letch


Delly Fofie, CEO de BIDIWE

Delly Fofie, fondateur de BIDIWE

On a rencontré Delly Fofie, le fondateur de Bidiwe,  le moteur de recherche dédié aux petites annonces. Entretien ! 

  • Bonjour Monsieur Delly Fofie, vous êtes connu pour être à l’initiative du projet Bidiwe! Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur vous ? D’où venez-vous ? Quel a été votre parcours ?

Bonjour, Je me nomme Delly Fofie, plus connu sous le nom Fofie, les gens ont définitivement plus aimé mon nom propre que mon prénom (rires …), Je suis né et j’ai passé 18 ans de ma vie à Dschang. Après mon baccalauréat en 2011, je vais faire un cours séjour d’une année à l’université de Dschang, où j’étudie la filière Mathématiques et informatique. Ensuite, c’est à partir de 2013 que j’arrive en Allemagne pour des études en Génie logiciel, Jusqu’aujourd’hui mon cursus suit son cours. Je suis employé en temps partiel chez SAP comme Développeur sur des projets de Machine Learning (Apprentissage automatique).

  • Quand avez-vous décidé de vous lancer dans cette aventure ? Quel a été le déclic ?

Bidiwe c’est avant tout un projet qui date d’assez longtemps. Pendant mon année 2012-2013 que je passe à Yaoundé, j’ai connu l’incontournable avenue Kennedy, j’y achetais des appareils électroniques, par la suite j’ai fait beaucoup de petites affaires sur les sites d’annonces existants en ce moment-là comme Kerawa qui battait son plein, Afribaba qui se stabilisait et Belook qui naissait (Tous des sites d’annonces).  Déçu par le fait de devoir parcourir tous ces sites-là chaque fois pour trouver un article et surtout en extraire le meilleur prix, j’ai eu l’idée d’un moteur de recherche qui devrait permettre aux utilisateur de voir tous ces produits disponibles sur le marché en une seule recherche et de filtrer les résultats à leur guise. D’où l’idée de Bidiwe !

En fin 2014, le projet est lancé et s’appelle BIDIWAYS. A cette époque, c’était un réel Prototype, je voulais bien comprendre le marché des petites annonces au Cameroun. Je voulais entrer en contact avec les premiers acteurs sur le marché : Objectif atteint avec une satisfaction. J’importais les annonces des sites existants manuellement chaque matin pour ajouter sur BIDIWAYS.

Ensuite en 2015 il est définitivement clair pour moi qu’il faut développer le moteur de recherche et cette fois- ci avec une approche beaucoup plus professionnelle.

  • Parlez-nous de votre projet !

Toute personne ayant déjà fait l’expérience d’une affaire en ligne connait un problème : Comment trouver le bon prix parmi toutes les offres qui existent sur les différents sites ?

Bidiwe se définit comme un moteur de recherche de petites annonces et produits E-commerce. En gros Bidiwe a des robots qui vont récupérer toutes les annonces existantes sur le marché Camerounais et maintenant ivoirien et sénégalais et les regroupe sur sa plateforme.

Ça signifie quoi pour l’utilisateur qui fait des affaires sur Internet ?

Eh bien, pour l’utilisateur qui recherche par exemple une toyota Rav 4 à Abidjan, au lieu de visiter tous les [18] sites d’annonces existants sur le marché en Côte d’ivoire (C’est aussi valable pour le Cameroun et le Sénégal) il se rend plutôt sur www.bidiwe.com et laisse Bidiwe par sa puissance de calcul rechercher sur tout le web a sa place et seuls les résultats les plus proches de sa recherche lui seront retournés.

Ça veut dire en tapant tout simplement « toyota rav 4 » sur Bidiwe l’utilisateur obtient les résultats provenant de tous les sites d’annonces dans le pays. Il peut également filtrer la recherche pour avoir des résultats toujours plus affinés.

Ceci est un gain de temps exceptionnel pour l’utilisateur, mais aussi les professionnels de la vente en ligne peuvent utiliser les performances de notre moteur de recherche pour avoir une idée rapide des prix sur le marché des différents produits.

  • Quelles sont les défis que vous avez ou que vous rencontrez dans votre parcours ?

L’internet est en train de faire son entrée sur le continent africain, bien que les gens possèdent aujourd’hui tous des smartphones, une majorité limite l’utilisation de ceux-ci aux réseaux sociaux.

Bidiwe est un projet qui cible un public déjà averti, un public qui a eu une petite idée des achats en ligne et des petites annonces. Donc la toute première difficulté est de pouvoir cibler ces potentiels utilisateurs. Même après les avoir ciblé il faudra les « éduquer » complètement et améliorer au fur et á mesure leurs affaires en ligne.

Des difficultés il n’en manque pas, les gens ont encore des forfaits mobiles très limités et ne peuvent profiter pleinement des avantages de la plateforme. Pour moi qui développe la plateforme c’est d’autant plus difficile parce que, quand les utilisateurs obtiennent des erreurs sur les pages du site qui sont directement liées au fait qu’ils ont une connexion internet très faible et ne peuvent recevoir de réponses des serveurs de Bidiwe.

Ensuite le dernier volet serait les finances, Pour pouvoir atteindre nos cibles comme on le prévoit, il faut investir suffisamment non pas seulement dans du Online Marketing, mais aussi le marketing sur le terrain et tout ça implique des financements assez considérables.

A Lire : e-commerce : Bidiwe, la plateforme camerounaise à l’assaut de l’Afrique

 

  • On a vraiment l’impression que créer sa start-up aujourd’hui est plus simple qu’à l’époque de nos parents. Qu’en pensez-vous ? Qu’est ce qui a changé ? Quels sont les défis de cette époque ?

Je n’ai malheureusement pas vécu l’époque de mes parents (rires…), et je ne saurais dire ce qu’il y avait en leur temps. Mais je pense quand on parle de startup dans le monde d’aujourd’hui on parle généralement des projets très innovants dans les domaines très mouvementés comme tout ce qui tourne autour d’internet.

Les moyens de communication se sont améliorés, à l’époque de nos parents je ne pense pas que Auletch existait pour partager des interviews comme celle ci ! Internet a changé la façon de communiquer et de toucher le public. Le challenge principal à cette époque est d’avoir un produit qui répond aux besoins des internautes africains et camerounais.

  • Selon vous, quelles sont les pré requis pour être entrepreneur dans le contexte socio-économique camerounais ?

Je ne pense pas qu’il y ait des pré requis statiques. Je ne sais déjà pas si je peux me qualifier comme entrepreneur, mais le premier pré requis selon moi est déjà d’être certain qu’on est prêt à entreprendre. Entreprendre c’est avant tout être capable de prendre des risques, de refuser des offres qui pourraient paraître aux yeux des plus proches comme une erreur fatale, mais c’est aussi avoir la capacité d’assumer ses échecs, même la Sillicon Valley américaine voit plus 70% des Startups qui naissent mourir seulement quelques mois après. En tant qu’entrepreneur il faut savoir changer de vision quand on pense que le projet ne répond pas aux besoins réels. Il faut pouvoir accepter de travailler nuit et jour sans aucune rémunération et être conscient qu’il n’y a aucune garantie qu’on sera un jour rémunéré.

Au Cameroun où la majorité des emplois est généré par le secteur public, il est important que des jeunes camerounais pensent loin et créent des startups qui vont non seulement changer le quotidien des populations mais des startups qui vont très vite devenir des entreprises réelles avec des revenus et pouvoir employer les diplômés qui sont au chômage. (Et rembourser les dettes qu’on a contracté pour développer le projet [rires] …)

  • Une anecdote marquante de votre parcours d’entrepreneur …

Ma première année en Allemagne j’ai eu l’idée de Bidiwe, mais entre les mini-Jobs d’étudiants et mes études il devenait très difficile de trouver du temps pour me consacrer à autre chose, pourtant il me fallait bien apprendre comment on fait un moteur de recherche vu qu’a cette époque je n’avais pas tout le Know-How technique nécessaire ! Il était urgent pour moi d’entrer dans une entreprise qui fait dans cette branche là et d’abandonner le travail à la chaîne qui commençait à devenir contre- productif.

C’est ainsi qu’en novembre 2014, je fais la recherche des jeunes entreprises qui font dans les moteurs de recherche de contenus et je tombe sur l’entreprise Echobot (www.echobot.de ) qui est une jeune entreprise allemande qui avait exactement le même principe que Bidiwe mais orienté aux entreprises.

Voici l’anecdote : Je leur ai fait une lettre de motivation avec mon allemand qui était très chaotique en ce moment, ensuite curieux ils m’ont invité à un entretien et m’ont posé la question :

  • « Mr. Fofie, vous venez du Cameroun (Oui parce qu’il faut dire qu’être noir en Allemagne c’est vivre avec des préjugés que les autres font sur nous), vous parlez très peu allemand et vous n’avez pas fait d’études informatiques, et n’avez aucune expérience de travail, pourquoi pensez-vous qu’on doit vous prendre ici en tant que développeur logiciel ? »
  • Moi je leur ai répondu « Ich kann Code schreiben. » qui veut dire « je sais écrire du code ». C’est malheureusement la seule phrase que pouvait formuler à cet instant-là de façon spontanée vu que je ne m’étais pas préparé a cette question 😀

Ils m’ont ensuite testé en live et c’est comme ça que je signais mon contrat avec eux le même jour, c’est une expérience exceptionnelle pour moi.

C’est en « trichant » ce que Echobot faisait que j’ai pu avoir une première idée pour débuter mon moteur de recherche.

  • Où est-ce que vous vous voyez dans 5 ans ?

Prétendre connaitre où je serai dans 5 ans c’est abuser. Pour être sincère je ne sais pas. Je le saurais peut-être dans les mois à venir. Mais une chose est certaine, je dois terminer mes études c’est prioritaire pour moi.

  • Si on devait mettre en lumière une autre start-up camerounaise actuellement, selon vous ce serait laquelle ? Pourquoi ?

Des startups connues, j’ai beaucoup d’admiration pour Madiba Olivier de Kiro Games, qui a pu faire un grand avancement dans le secteur du Jeu Video, Pour être franc j’étais convaincu que son projet (Et même Bidiwe) n’avait pas encore sa place sur le continent. Il est l’exemple même de ce qu’un entrepreneur doit être : il a osé. Il a su donner la force aux autres comme moi.

Mais des startups les moins connues, j’admire beaucoup ce que Hellocare.org fait, ils sont très actifs dans le domaine de la sante et essaient de poser des briques pour un avenir glorieux dans cette branche là ! Mais aussi le projet d’un très bon ami et partenaire à moi qui connait ses débuts dans le quotidien des populations de Douala (Legrandprof.com, une plateforme qui veut connecter les élèves avec des potentiels tuteurs académiques).

  • Quelles est le top 3 des applications mobiles ou de bureau que vous utilisez actuellement.

Google Chrome pour naviguer sur Internet. Incontournable Outlook ou Thunderbird pour mes Mails, et Word/Excel mais ceux-ci n’entrent pas réellement dans mon quotidien.

  • Si vous étiez un plat camerounais, ce serait lequel ?

Sans aucun doute le couscous maïs avec des légumes sautés, allez demander à maman Suzanne !

  • Un mot pour la fin … un message à l’endroit de la jeunesse camerounaise !

Merci pour l’entretien et aux jeunes camerounais qui essaient de lancer des projets qui peuvent devenir des entreprises de demain. Je nous souhaite à tous une grosse force. C’est par le secteur privé que l’Afrique va se développer et il faille bien que des personnes privées créent ces entreprises là ! Soyons ces bâtisseurs de demain.

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