Découvrez l'univers coloré de Keulion, le body-painter camerounais que tout le monde s'arrache

Découvrez l’univers coloré de Keulion, le body-painter camerounais que tout le monde s’arrache

Publié le 12 mai 2017
Par Mota__Savio


A 30 ans, Keulion dessine sur la peau. Le jeune artiste camerounais a fait du body-painting son art. Rencontre détendue avec une personne ouverte, qui parle de sa trajectoire, son rapport avec ses modèles, et ses réalisations qui prouvent qu’il est l’homme au pinceau que tout le monde s’arrache au Cameroun…Entretien !  

Keulion et sa modèle du jour, la rappeuse Lady B

Keulion et son modèle du jour, la rappeuse Lady B.

 

  • Yo Keulion. On dit quoi ?

Tranquille je vais bien. Je ne me plains pas.

  • Tu es sur Au Letch hein ! Présente-toi alors aux letchois…

Keuleu Nguekam Clovis Arnaud de mon vrai nom, Keulion est un artiste plasticien spécialisé en body painting, de nationalité camerounaise, âgé de 30 ans, et célibataire sans enfant… La candidature est ouverte (Rires).

  • Si on te dit Body Painting, qu’est-ce que tu réponds ?

Body painting ? C’est tout simplement l’art de la peinture sur le corps mais dans mon travail, il est défini comme le rapport entre la peinture et la sculpture.

  • On a lu quelque part que tu as un baccalauréat scientifique. Mollah, tu fais quoi dans les affaires de peinture ? C’est quoi l’histoire ?

J’ai effectivement eu un baccalauréat scientifique plus précisément en sciences mathématiques (C). Me retrouver à faire l’art, je n’y avais pas pensé forcément. J’ai toujours voulu faire une carrière de footballeur. Mais avec mes aptitudes graphiques, ma famille et plus précisément ma sœur aînée Angéline, m’a orienté vers la filière art plastique, pour les études universitaires, j’ai pas hésité un seul instant…je pense qu’elle n’avait pas tord de m’y orienté. Elle me maîtrise ma soeur (Rires).

  • Pourquoi tu as choisi le corps humain comme moyen d’expression ? Qu’est-ce qu’il a de particulier ?

Je ne dirais pas que j’ai choisi le corps comme moyen d’expression, le corps s’est imposé à moi. Faire du body painting a été une sorte de thérapie pour moi. Tout s’est joué lors de la période académique, où notre formation de plasticien était plus basé sur une formation de sculpteur et de peintre. En Peinture, j’étais insatisfait par mon travail, j’avais comme un goût d’inachevé ; quant à la sculpture j’étais parmi, sinon le meilleur de ma promotion en toute humilité. Mais sculpter demande beaucoup d’énergie et de vigueur. À chaque fois que j’achevais une oeuvre, je tombais malade. Malgré les talents de sculpteur que j’avais je ne pouvais pas m’engager dans une telle carrière ,si ce que je devais gagner devait me servir de frais d’hospitalisation (Rires).. Pratiquer le body painting m’a donné d’explorer le corps humain qui est la sculpture parfaite. C’est l’oeuvre de Dieu, tu as du long, du Grand, du Plat, du mince, du rond ,du gros… toutes les formes. Du coup mon désir de sculpture est comblé. Par contre peindre sur un corps te confère une grande polysémie de l’oeuvre. L’oeuvre n’a plus de limite, il prend un sens au gré de l’expression et du mouvement du modèle. Par exemple un acte ou un jet de peinture sur le visage a un sens différent quand le modèle sourit et après s’il fronce le visage ce sont des œuvres toutes différentes selon l’instant d’expression. Ainsi le body painting est pour moi le rapport entre la peinture et la sculpture.

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  • Parlons du matériel. Qu’est-ce que tu utilises pour travailler ? Et comment le trouves-tu ?

Mon matériel est assez diversifié. C’est parfois des kits de peinture adaptés pour le corps que je commande de l’étranger. Pour éviter toute publicité je n’aimerais pas préciser les marques. Mais c’est aussi des pigments naturels tels que l’argile, le charbon, des essences d’arbres que je manipule pour obtenir les colorations que je désire.

  • En général, comment réagissent les modèles quand tu travailles sur leur corps ? Avec les femmes ce n’est pas compliqué de se dénuder ?

Les modèles se comportent plutôt bien. Nos séances de travail se passent dans une ambiance bon enfant. Je profite de l’occasion pour saluer tous les modèles avec qui j’ai travaillés. Tout de même, les créations demandent une certaine préparation. Dans mon processus de création, il y a une étape que j’appelle l’interview. Ce moment consiste à discuter de l’ œuvre à réaliser avec le modèle et de le mettre en confiance pour ce qui devrait suivre. Le nu se fait tout naturellement par la suite… Ce sont des nus artistiques ça n’a rien de suggestif.

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  • A ce jour, quelles sont tes réalisations ?

C’est difficile à dire j’ai fait beaucoup d’oeuvres quand même. Entre autres: J’ai fait du body painting pour la campagne de lancement d’un produit Coca-Cola (Share a Coke), j’en ai également fait pour le lancement du récent produit Tecno, le Canon CX. J’ai fait des prestations pour les boissons Orangina, Booster cider, Source du Pays, Heineken…pour des défilés de mode, des soirées privées, des clips vidéos ( Kareyce Fotso, Adango Salicia Zulu, Charlotte Dipanda, Holokost, D.A, Kiriaah,…etc)… Je ne peux citer toutes mes réalisations. Elles sont nombreuses et toute particulière.😉

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  • On constate un rapport fort entre le body-painting et la musique. Comment tu expliques ça ?

Un rapport étroit avec la musique, oui ! J’ai besoin de musique pour travailler. Il est plus facile d’écouter du Salif Keita ou du Fela pour se mettre dans une vibe africaine. La musique me plonge rapidement dans l’univers de création qui m’incombe.

  • Où trouves-tu ton inspiration ? Y a-t-il un côté engagement social, politique ou alors c’est totalement du freestyle ?

Je tire mon inspiration de mon vécu, de ceux qui m’entourent, de la musique que j’écoute, des couleurs qui m’animent. Je ne me considère pas comme un artiste engagé. Comme mon ami et confrère artiste Tally Mbok le dit souvent, »C’est pas dans mon oeuvre qu’on trouvera le remède qui soigne sida ». Je crée d’abord pour moi , quitte à chacun de se retrouver dans mon expression.

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  • Qu’est-ce qui te marque depuis le début de cette aventure ?

Je ne suis pas spécialement marqué par quelque chose, mais plutôt impressionné et reconnaissant chaque jour envers les personnes avec qui je collabore. Le body painting nécessite une interdisciplinarité ; le modèle qui performe , le photographe qui capture l’instant et permet l’archivage, apporte une dimension incroyable, que le peintre même n’avait pas prévu lors de sa conception. C’est une réelle collaboration. Je profite de l’occasion pour remercier les photographes: Fish Eye, Nicky Aina, Stefano, William Nsai, Christian Sankeur, Xavier Messina, Xaver Nexell, Rado Jerry, Red Stroke, Arysthepicture avec qui j’ai surtout collaboré jusqu’à présent et tous ces modèles. Ils sont très nombreux. Je ne peux les citer, j’espère n’avoir oublié personne.

  • Dans 10 ans tu te vois où ?

Dans 10 ans je ne sais pas trop où je serai, je n’y pense pas très souvent .je serai peut-être coach des Lions Indomptables qui sait, l’avenir nous réserve des surprises. (Rires)

  • Qu’est que tu écoutes comme musique ?

En terme de musique je dirais que je suis un bon mélomane. Je suis un petit africain qui a des sonorités hongroise, norvégienne dans sa playlist , vous vous imaginez?! (Rires) Mais je suis plus porté par le Hip-Hop Old School et le Jazz quand même. « Le micro d’argent » d’IAM est mon album préféré😉

  • Et au Cameroun ?

J’écoute Richard Bona, Petit Pays, Holokost, Sultan Oshimin…

  • Merci pour cet entretien Keulion. Un message aux letchois ?

C’est moi qui vous remercie, je me sens comme une star là… Comme conseil aux letchois, je dirai qu’il faut vivre sa passion.

Retrouvez les réalisations de Keulion  ici

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