Les origines du 'Ngondo' chez les peuples côtiers du Cameroun - Auletch

Les origines du ‘Ngondo’ chez les peuples côtiers du Cameroun

Publié le 2 décembre 2015
Par Mota__Savio


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                Le Ngondo, c’est l’assemblée traditionnelle du peuple Duala. Il paraît qu’il existe depuis 1830 bien avant que les 1ers missionnaires n’arrivent au Camer et surtout bien avant la mort en juillet 1845 de Ngando a Kwa, Roi des Akwa à l’époque. Car, c’est à lui que l’on accorde l’honneur d’être le « père » du Ngondo.

                 Dans quelles circonstances a été fondé cette affaire ?

Pour commencer, c’est à cause de Malobè Etamè originaire de Pongo (Nord-Ouest de Douala) que l’affaire ci a begin. En effet, c’était un colosse qui semait la terreur pendant les jours du marché. Il saccageait tout ce qu’il voyait surtout quand les marchandises appartenaient aux Duala (Les Duala pur sang). C’était le sauve-qui-peut dès qu’il apparaissait. Les gens criaient : Malobè a o don ! Malobè a o don ! « Malobè est (là) au marché ! Malobè est (là) au marché ! » (sous-entendu : « Que chacun se tienne sur ses gardes ! » « Sauve qui peut ! »). L’affaire est donc arrivée aux oreilles des chefs Duala qui n’ont pas digéré ça. Pour résoudre cette situation, les chefs des 4 clans Duala et leurs notables s’étaient réunis afin de laver l’affont et trouver une solution à cette affaire qui n’honorait pas le peuple Duala. C’est donc cette assemblée du peuple qu’on appelle depuis ce jour le Ngondo. Rappelons aussi que le même mot désigne en langue duala le cordon ombilical qui relie le nouveau né et sa mère. De cette image, les Duala décidaient dorénavant que l’idée du lien devant les unir était bonne. Ainsi le Ngondo est devenu le symbole de leur unité, la concrétisation d’un front uni appelé à défendre l’honneur du peuple, aussi bien à l’intérieur qu’à l’étranger. Pendant ce temps, le même jour, les Duala choisissaient un Bakoko de Japoma, nommé Engômga, un colosse très fort comme leur vengeur. Le gars affrontait dans un combat à coups de poings le terrible Malobè Etamè. Après un combat engagé, Engômga gagnait Malobè. Il attacha et l’envoya au “fin fond” de la cale d’une grande pirogue. Puis les Duala sont came le chercher et on l’a vendu aux négriers. Dès lors, plus personne n’entendait parler de Malobè Etame.

             Mais, aujourd’hui, on entend encore le refrain Malobè a si wèli Engômga : « Malobè n’a pas su résister à Engômga » au cours de plusieurs cérémonies traditionnelles du peuple de la côte. Notamment  à travers les tambours lors des compétitions sportives sur le Wouri ainsi qu’à l’occasion de la lutte duala. Un moment durant lequel 2 hommes en sandja s’affrontent pour savoir qui est le meilleur. On retrouve aussi ce refrain dans plusieurs contes des habitants des rives du Wouri, du Mungo, de Abô et de la Sanaga. Enfin, le nom de Mabè est surtout resté célèbre dans les circonstances suivantes : Dans ces contrées, lorsque quelqu’un se trouve en présence d’une épreuve ou d’une difficulté majeure, ou devant un de ces multiples cas embarrassants de la vie, ou devant les conséquences (fâcheuses) de ses propres actes, il est courant d’entendre les autres le plaindre et lui dire, parfois en se moquant : « Malobè a o don ». « Malobè est là ! » (Prenez vos dispositions, faites tout pour vous tirer d’affaire !)

         Quoiqu’il en soit, le Ngondo est devenu la main vengeresse de leur humiliation à Pongo. Puis il est devenu très vite, l’organe qui devait réprimer les meurtres suivant la loi du Talion : « Vie pour vie, dent pour dent, œil pour œil… » Ceci, quel que soit le rang social de leur auteur. Plus tard, le Ngondo déborda le cadre duala « stricto sensu » et devint l’assemblée traditionnelle de tous les côtiers du Cameroun. A présent, en est membre naturel et de droit, tout natif de la région du littoral camerounais.

 

Source : Le Ngondo, l’assemblée traditionnelle du peuple Duala, Maurice Doumbe-Moulongo

Maurice DOUMBE-MOULONGO est originaire de Bwènè-Wouri, au Cameroun. Né en 1923, diplômé de l’Ecole Supérieure de Yaoundé, il appartient à la Fonction Publique de son pays depuis un peu plus de 30 ans. Après avoir occupé d’importantes fonctions de responsabilité à l’époque de l’administration française, notamment dans le commandement territorial, il a été stagiaire à l’Ecole Nationale de la France d’Outre-Mer à Paris de 1958 à 1959. Administrateur Civil depuis janvier 1961, ce haut fonctionnaire camerounais s’est vu confier de nombreux postes dans différents départements ministériels. Chercheur isolé et occasionnel, sa passion pour les études historiques et ethnosociologiques s’est affirmée dans plusieurs travaux consacrés aux populations du Sud-Cameroun en général et à celles de la côte en particulier.       

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