Ce qu’il faut retenir de l’interview de Youssoupha sur Tchin avec Brice Albin

Ce qu’il faut retenir de l’interview de Youssoupha sur Tchin avec Brice Albin

Publié le 30 août 2019
Par Au Letch


Dans un entretien inédit accordé à Tchin, Youssoupha s’est exprimé sans détour sur de nombreux sujets tels que ses débuts, ses peurs, le succès, la naissance de son fils, sa famille ou encore l’homme qu’il est devenu.

 

 

Voyager lui a donné un regard différent sur le monde :

 

« Quand on voyage, le monde devient plus petit alors il fait moins peur… Au Congo, les gens de Kinshasa, beaucoup n’ont jamais vu l’intérieur du Congo. Après pour des raisons qui se justifient. Des fois, des raisons de moyens, des raisons de logistique. Du coup, il y a un moment, tu crois que le Congo c’est Kinshasa et que le monde se résume à Kinshasa. Sauf que c’est faux. C’est totalement faux. Même dans notre propre pays, il y a d’autres choses à voir. Moi j’ai eu la chance grâce à mon métier de le voir. Aller à Lumumbashi, aller à Ngoma, aller à Matadi.

 

Par exemple, Ngoma, c’est un bon exemple. Moi-même qui suis congolais, pourtant je suis né, j’ai grandi au Congo, né à Kinshasa, kinois fini, moi-même j’ai une image de Ngoma, en tout cas celle des medias… c’est la ville à la frontière, zone de guerre, les gens meurent, on y est en insécurité permanente, de toute façon les gens là-bas sont malheureux, ils sont ravagés, ils sont meurtris. Que c’était une zone de guerre, ce n’est pas totalement faux, c’est une réalité. Ce n’est pas ça que je remets en cause. Mais par contre, l’état d’esprit des gens là-bas, je l’ai vu en allant en concert là-bas, les gens ont la lumière en eux… Tu deviens beaucoup beaucoup moins con, quand tu rencontres des gens différents de toi… »

 

 

En France, il a rencontré des personnes d’origines diverses :

 

« J’ai eu la chance quand j’ai été à la Fac. Je suis sorti de mon quartier. Je suis arrivé à Paris et j’ai vu des gens différents de moi. Ce n’est pas qu’ils n’existaient pas au quotidien… Je n’étais pas à leur contact. Je ne les côtoyais pas. Je n’échangeais pas de manière naturelle avec eux. Tu vois des gens différents de toi. Des gens qui viennent de province. Ils te parlent, ils te racontent leur vie. Ça te nuance un peu ton avis sur le monde. Des gens qui ont fait des programmes Erasmus, qui viennent d’Espagne, Pays-Bas. Ils viennent à la Fac en France. Il y a des gays, des hétéros, des gens qui ont raté leurs études, qui reviennent, des précoces… Ça me permet de comprendre mieux les identités des autres. Ça me rend plus tolérant. Eux aussi, ça les rend aussi moins cons. Eux aussi, ils avaient des apriori sur un gars comme moi…»

 

 

Sur l’absence de son père quand il était petit :

 

 « Ma mère avait beaucoup d’amour et de bienveillance pour mon père. C’était son ami même quand ils n’étaient plus ensemble. Elle ne m’a jamais communiquée ce truc, ouais, il n’est pas là. C’est elle qui m’a éduqué, élevé, financé mon éducation. Mon père je le voyais de en temps en temps avec beaucoup de bienveillance. Elle ne m’a pas éduqué dans le truc de me plaindre de son absence. Il a refait sa vie. Je ne ressentais pas son absence. J’étais comblé par l’amour de ma mère, de ma grand-mère et de toutes mes tantes… »

 

Ses débuts dans le rap :

 

« Philo c’est mon mentor, c’est mon grand frère, du coup ca deviendra mon producteur. Celui qui me met le pied à l’étrier. Je lui dis que je rappe. Je crois qu’il aime bien la passion que j’y mets. Je doute que je sois bon à ce moment en tant que rappeur. Lui il veut être un peu celui qui me fait découvrir le milieu ou le professionnalisme musical. Moi je veux juste trainer avec lui. A l’époque il rappe dans un groupe qui s’appelle Ménage à 3 et qu’il fait parler un peu de lui. Moi je suis content de côtoyer un rappeur un peu connu mais sinon ne m’aide même pas, je ne le mérite même pas. C’est lui qui m’a emmené pour la première fois en studio dans ma vie. J’ai rencontre des rappeurs que je n’aurai jamais cru de ma vie. J’ai rencontré Kut Killer, Monsieur R, Time Bomb…Tous ces gens c’est grâce à lui… »

 

Il regrette de ne pas avoir appelé son premier album Négritude :

 

 « Tout le monde m’a convaincu de ne pas le faire. Et moi-même je me suis convaincu de ne pas le faire parce que à l’époque, Dieudonné, mauvaise perception, les noirs, négritude. Je n’ai pas envie que ca devient problématique. Du coup, je décide que non. C’est mon premier album. C’était une grosse erreur que j’ai regretté beaucoup. La négritude ça m’appartient aussi. Je suis aussi la responsabilité. Je ne peux pas reculer sur ce genre de question. C’est un devoir pour tous les renois. Ce n’est pas une question d’être militant ou pas. Ce jour là j’étais de garde. Il fallait appeler cet album Négritude. Ce que je pensais être des bonnes raisons étaient mauvaises. Ce n’est pas parce que tu n’appelles pas ton album Négritude qu’ils vont t’aimer. Tu restes un negro quand même… »

Sur la naissance de son fils, Malik :

 

« Malik, il change beaucoup de choses pour moi. C’est mon fils. Il est magnifique. C’est un garçon qui est gentil, qui est éveillé. J’avais peur. C’est grand père c’est Tabu Ley, son père c’est Youssoupha.  J’avais peur que ca lui monte à la tête mais pas du tout. Je suis assez fier. C’est le plus beau don que Dieu m’a donné. »

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