Cameroun : culture urbaine, où sommes-nous et où va-t-on ? Un regard … - Auletch

Cameroun : culture urbaine, où sommes-nous et où va-t-on ? Un regard …

Publié le 3 février 2014, par dartnaud

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Voilà déjà plus d’un mois qu’on a mis la clé sous le paillasson de l’année 2013. Année qui a été très riche culturellement parlant au Cameroun. Bien sur nous parlons de culture urbaine et précisément de musique urbaine. Chacun d’entre nous où du moins les amateurs et férues de ce style musical ont vécu une année 2013 pleine d’émotions. Partagé entre musique de bonne qualité, communication bancale, buzz inattendu, succès éphémère ou de longue durée, ou encore pseudo-événements culturel, sans oublier l’entrée en jeu de la toile camerounaise (diaspora ou locale). Une chose est sure, on a ressenti qu’il se passait quelque chose au Cameroun. Certes dans un chaos total mais il s’est passé quelque choses en 2013, et ce quelque chose ne doit être que le « début du commencement »

Avant de continuer, je tiens à saluer l’initiative de l’agence Pannelle & Co qui a écrit « le livre blanc de la musique urbaine camerounaise » et aussi celle du webmag Jewandamagazine qui a fait un état des lieux des acteurs du web qui parlent de culture urbaine.

[La génèse]

On dit que pour savoir où l’on va, il faut déjà savoir d’où l’on vient. Je voudrais rendre un hommage mais alors un très grand hommage à ceux qui ont cru à ce mouvement depuis les années 90’s et qui sont toujours dans le « game » pour certains. Je pense à Racine, Male kunfu, Bantou clan, Krotal, Bantou possi, Ultimatum(valsero aka serval et bachirou), Ak sang grave, Negrissim et ses MC’s comme Sadrak, Boudhor … Merci aux tontons du rap camerounais.
Je vous passe les animateurs radio comme foly dirane qui y ont cru dès la première heure. Où encore les premiers cabarets qui ont eu pour thématique le hiphop camerounais, je pense comme ça à Afrikan logik et les « ça me dit rap ». Si aujourd’hui on parle de culture urbaine au Cameroun c’est bien parce que ces grands frères étaient là pour l’entretenir.

Pour continuer avec la génèse, on a eu un petit passage à vide où le rap quittait les milieux chics pour arriver dans les sous-quartiers. Certains artistes ont eu du mal a s’inspiré de leur quotidien pour mettre un peu de Mboa dans leur rap. La piraterie aussi ambiante que jamais en a découragé plus d’un. Et le fameux stéréotype « rap = délinquance » était encore bien ancré dans l’esprit de nos parents et bien évidemment celui des médias traditionnels (Télé, Radio …).

[La claque]

Au même moment chez le voisin Naija, on a assisté sans réagir à une croissance fulgurante de leur industrie du divertissement. Aujourd’hui toute l’Afrique vibre au rythme de l’afrobeat, l’afropop, l’azonto ou l’afrohouse. Alors qu’au début on se moquait presque de leur style. Eeeh Oui on a pris une bonne claque. On ne peut pas faire 10 minutes devant une chaîne de divertissement africaine sans écouter une musique urbaine Ouest ou Sud Africaine et voilà le Sénégal qui commence à prendre déjà du terrain avec le « Mbalax ». Pendant ce temps nous au Cameroun, on a longtemps essayé de rapper comme les français de la France ou encore les américains des states. Oubliant le propre marché que nous représentons. On peut étaler toutes les théories marketing, économiques, politiques et autres qu’on veut mais le point essentiel de leur croissance a été tout simplement ceci : la consommation et la valorisation du produit local. Le Nigéria voisin écoute, achète, télécharge, diffuse Nigérian. Que ce soit apprécié ou pas, ils sont fiers et consomme local. Ils se sont auto-critiqués pendant de nombreuses années pour arriver à imposer de nos jours le bon produit qu’est l’Afropop et ses dérivées à toutes l’Afrique et sur certaines places de marché occidentales. Pendant ce temps le Cameroun a toujours voulu imiter ce qui se fait bien ailleurs, sans pour autant répondre à la demande de son propre public.

[Le déclic]

Heureusement que nous avons eu des esprits qui ont osé offrir quelques choses de différents au public urbain camerounais. Il y en a qui ont pris des risques et qui je suis sur ne le regrette pas aujourd’hui. Je pense comme ça à Duc-Z qui a osé chanter sur une expression camerounaise courante « je ne donne pas le lait », avec un clip aux allures urbaines et une mélodie envoûtante. On dira que la prod c’est de l’afrobeat, c’est vrai mais les paroles et la thématique sont camerounaises. A suivi JOVI qui a été le premier artiste rap camerounais à devenir une star sur le web et s’il vous plait à nous offrir des prod avec des sonorités locales, des lyrics en pidgin et des clips originaux. Fallait pas plus pour que les férues de culture urbaines soit en extase. Là on s’est dit enfin un « rappeur à l’identité camerounaise ». Et je ne peux pas speak de l’année 2013 sans parler du phénomène Stanley Enow. Avec lui on a compris qu’on pouvait faire plus de 20 000 vues en même pas une semaine sur YouTube, avec lui on a chanté le rap à la mi-temps d’un match de football de notre équipe nationale chérie et tenez vous tranquille tout le stade reprenait ses lyrics. Avec lui c’est clair, les rappeurs ont compris qu’on pouvait gagner de l’argent et devenir une véritable star avec la musique urbaine. Sans trop de prétention, c’est ce qu’il fallait aux artistes et aux différents acteurs de cette industrie pour comprendre qu’on a de l’or entre les mains et qu’il faut juste bien les utiliser. Mais reconnaissons-le, le véritable déclic a été la MBOATAPE qui a été la première mixtape de culture urbaine camerounais à avoir fait une stratégie communication digne de ce nom et qui plus est en téléchargement libre. Avec cette mixtape le public camerounais du web a ouvert les yeux sur la culture urbaine du pays.

[La déferlante]

Après donc le phénomène Hein Père de Stanley Enow, ou encore Don 4 kwat de Jovi qui ont eu comme véritable terrain de jeu Internet. C’est un nouveau business model qui s’est imposé à l’industrie du rap au Cameroun. Les CD étant pour la plus part piratés et les médias camerounais étant encore trop fermé à cette culture, il ne restait plus que le porte à porte et le web pour faire connaître son produit. C’est comme ça qu’on a assisté à une déferlante sur la toile camerounaise des artistes camerounais. Et quand on sait que les internautes aiment tout ce qui est gratuit, beaucoup de rappeurs ont opté pour la sortie de single à intervalle plus ou moins long et surtout en téléchargement libre. C’est comme ça que beaucoup ont pu faire connaître leur produit. Il faut aussi dire comme l’a souligné JWM que les sites, blogs et autres webmagazine dédiés à la culture urbaine camerounais ont beaucoup joué dans cette vulgarisation du hiphop made in 237.

[L’espoir]

A l’aube donc de 2014, nous ne pouvons qu’espérer que les choses aillent mieux. Que le milieu se professionnalise beaucoup plus. Que les artistes s’attèlent à avoir un modèle économique, un plan marketing et une bonne communication pour donner le meilleur au public camerounais. En 2013 nous avons vu beaucoup d’équipe se former, beaucoup de révélation musicale à l’instar de Spido, Zayox, Dareal, Inna Money, Teddy Doherty, Wan-Yo, Fankam, Maalhox, Gasha, Magasco, Mr sto, Veeby, Teety Tezano, S.M.S et pleins d’autres. 2014 nous réserve certainement beaucoup de surprise on n’est qu’au mois de février et je peux vous dire qu’il y en a qui ont déjà annoncé la couleur, suivez mon regard …

[Le coup de gueule]

Revenons un peu sur ce qui a fait avancer l’industrie au Nigéria. J’ai évoqué le fait qu’il consommait local. Ce qui n’est pas encore le cas aujourd’hui chez nous. Mon coup de gueule va à l’instar de ceux là qui souhaitent que leur musique soit absolument validée par des médias étrangers pour avoir de la valeur au Cameroun. Pour dire clairement les choses on a l’impression que si on ne passe pas sur TRACE TV ou encore un site célèbre du Nigéria alors on ne fait pas de la musique de qualité. Attention je ne dis pas que ce ne sont pas des médias de référence au contraire il nous faut des repères comme eux pour jauger le « game ». Mais de grâce n’en faisons pas notre saint graal. C’est curieux mais en fait les médias sur lesquels je veux tirer ce sont les médias locaux. Y a beaucoup qui ont commencé à diffuser Stanley Enow ou encore Gasha ou Duc-Z quand on les a vu passé sur Trace TV. A mon humble avis ça devait être l’inverse. Pour que nos artistes puissent rayonner à l’internationale, il faut qu’on les fasse rayonner à l’échelle nationale alors à ce moment là ils brilleront de milles feux. Le Nigéria l’a fait avec Nolywood, BellaNaija, NojustOk, channelO, et plein d’autres ! Ce sont les médias nationaux qui mettent en valeur leurs artistes. Pour le moment il n y a environ 10 artistes camerounais qui passent sur Trace TV (tout genre musical et tout canal confondu (trace urban, africa, tropical etc..)) ! Vous convenez avec moi que si on les attend on n’est pas sorti de l’auberge …

[Les oubliés]

Par ailleurs qui dit culture urbaine ne dit pas que musique. On a souvent tendance à croire que la culture urbaine s’arrête au rap. Erreur ! Je me demande bien où sont passés les beatmakeurs, les danseurs de hiphop, les artistes qui font du graffiti, du slam … Où sont-ils ? Si vous nous lisez, s’il vous plait ne restez pas dans l’ombre faites-vous connaitre. Cette industrie culturelle ne se fera pas sans vous. Un big up et un clin d’œil à FRED EBAMI, graphiste urbain dont les œuvres sont exposées en Angleterre, en France et récemment à Yaoundé (Cameroun). Je n’oublierai pas tous ces acteurs qui essayent tant bien que mal de faire vivre cette culture urbaine grâce à des événements culturels organisés malgré les difficultés logistiques, économiques et politique, je pense ainsi au Douala HipHop Festival qui est un événement organisé depuis plus de 3 ans  et qui regroupe à chaque fois sur scène de véritables rappeurs camerounais … Je pense aussi aux animateurs radio qui entretiennent le mouvement notamment Brice Albin et son émission Génération 2.0 sur Nostalgie FM ou encore Tito. Et aussi les chaines de télé locale qui essayent de bouger les choses à leur niveau, je pense ainsi à Boom TV

Voilà c’était donc ma petite vision de ce monde dédié à la culture urbaine camerounaise. Une chose de vraiment positif qui en a découlé, c’est que dans mon téléphone j’ai désormais une playlist de 20 titres environ qui sont uniquement des produits de culture urbaine camerounaise. Le bonheur les amis, le bonheur je vous assure …

Anyway sachez-le, la saison 2014 de culture urbaine sera chaude !

Auteur : dartnaud

L'Afrique mon essence, le Cameroun ma muse ... J'aime la tchop (le kouakoukou et le riz), les mots(la poésie), la musique (Bikutsi, Hip-Hop). Blagueur et toujours en mode sourire. Si tu veux me "vexe", touche mes dos !


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