Alaka Oloko a.k.a AO, l’infographe que tous les artistes camerounais s’arrachent

Alaka Oloko a.k.a AO, l’infographe que tous les artistes camerounais s’arrachent

Publié le 12 février 2019
Par Mota__Savio


Son nom ne vous dit peut-être rien mais Alaka Oloko est un artiste d’un autre genre. En 2018, le jeune infographe a réalisé des visuels pour Kings, l’album de Pit Baccardi, la cover du show de Magasco au Paposy, la cover du premier album de Tilla, pour ne citer que ceux-ci. Après une année riche en expérience, Alaka Oloko est en train de se tailler une place de choix dans le microcosme de la musique urbaine camerounaise. Today, il se confie sur son parcours, ses motivations, ses influences, sa relation avec Dareal, la perception du public de son métier et de ses aspirations. Entretien !

ALAKA OLOKO aka AO

 

  • Salut AO, peux-tu te présenter aux letchois (es) ?

 

Je suis Alaka Oloko, 25 ans, je vis à Yaoundé et je suis infographe, spécialisé dans la conception et la réalisation des covers artworks pour projets musicaux.

 

  • Donc tu n’es pas graphiste ?

 

Je suis un infographe. À la base nous sommes tous graphistes, juste que la particularité de l’infographe est qu’il est assisté par un ordinateur, alors que les graphistes comme vous les appeler, sont restés dans la manière de faire classique.

 

  • Pourquoi tu as choisi ce métier ?

 

(Rires). Je ne l’ai pas choisi c’est lui qui m’a choisi. Pour la petite histoire étant petit avec un de mes camarades du collège, nous réalisions des BD. Si on peut appeler ça BD (Rires). Très petit déjà je dessinais et je me sentais très attiré par ce milieu, je voulais le découvrir. Mais vous connaissez les familles africaines avec les métiers artistiques. Donc à un moment je m’en suis éloigné. Mais au fond j’ai toujours su ce que je voulais faire. J’ai toujours voulu partager ma vision ou comme je l’appelle mon *AOinspiration*. Et perso, je ne l’ai jamais considéré comme un métier. Mais comme une passion.

 

  • J’ai lu sur ton site que tu as fondé AO Graphix en 2012. Quel a été le déclic pour toi ? Et les études dans tout ça ?

 

Tout a commencé à Ngoa, (Université de Yaoundé I, Ndlr) quand je faisais Géographie. C’était ma première année. J’ai fait la connaissance de Éric Joël Eka’abane (Kill B Psycatra) et je ne le lui ai jamais dit mais c’est quelqu’un qui a eu une très grande influence sur la suite des événements. Parce que dès qu’on a commencé à se côtoyer, il m’a transmis toute la rage qui l’animait et c’est comme ça que je me suis remis en question. Je n’avais jamais vu quelqu’un qui aimait tellement ce qu’il faisait, au point où il sacrifiait beaucoup de choses pour arriver à ses objectifs. J’admirais beaucoup cela parce que moi je n’avais pas le courage de m’ouvrir comme ça. Mais en marchant à ses côtés, j’ai compris que ma place n’était pas en Géographie. C’est comme ça que l’année qui suivait, je suis allé m’inscrire à Siantou en Infographie et multimédia. Et c’est comme ça que j’ai trouvé ma voie.

  • 2018 était une année riche pour toi. Tu as réalisé des visuels pour des artistes tels que Pit Baccardi, Janea Pol’Anrhy, Dareal, Featurist, Mimie, Kill B Psycatra. Comment tu as réussi à bosser avec tous ces artistes ?

 

Je ne saurai vraiment bien répondre à cette question. Parce que perso, le seul artiste vers lequel je suis allé pour lui proposer mes services reste Dareal et ça date de depuis mes débuts. Avec Kill B Psycatra, au delà des liens d’amitié, on a bâti quelque chose ensemble. Et pour le reste ils sont venus de leur propre chef en me disant que c’est mon savoir faire et mon originalité qui les a attiré vers moi. Je suppose que c’est ça la recette magique.

 

  • Dans ton travail, je m’aperçois que tu bosses beaucoup avec des artistes de musique urbaine. Pourquoi ?

 

(Rires). À la base quand je côtoie Kill B au début c’est en tant que rappeur. C’est vrai que ça n’a pas duré longtemps mais j’aime beaucoup les musiques urbaines, et j’ai toujours voulu être parmi ses bâtisseurs. Ou plutôt l’une de ses plaques tournantes, et y apporter ma partition pour qu’elle soit reconnue tant au pays qu’à l’étranger.

 

  • Est-ce qu’à l’avenir on te verra collaborer avec un artiste de Bikutsi, Makossa, ou Benskin?

 

Moi je n’ai pas de problème avec ça, je me sens à l’aise partout. Qui sait peut-être même avec des artistes Gospel.

 

  • Comment se déroule le processus de création lorsque tu travailles avec un artiste? Est-ce qu’il te donne ses idées ou ça sort comme ça sort ?

 

Moi je suis quelqu’un de très ouvert j’essaie toujours d’échanger au maximum avec l’artiste pour mieux le comprendre et ainsi cerner ce qu’il veut. Mais la plupart des temps les artistes préfèrent laisser parler mon imagination. Et généralement ça paye. Maintenant pour le processus créatifs je n’ai pas une recette miracle ou des étapes prédéfinies à exécuter. Non je laisse le projet me parler. Ça paraît fou mais je n’aborde pas les projets de la même manière. De peur de tomber dans le « déjà-fait »(ce n’est que mon avis). Chaque projet est unique.

 

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#New Affiche officielle du Golden Show de @magascoefsi au Palais Polyvalent des Sports de Yaoundé ce 22 décembre. Un visuel signé @AOGRFX #AOgraphix

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  • Quel est la cover d’un projet qui t’a wanda ces derniers temps ? Et pourquoi ?

Des visuels qui me Wanda j’en vois tous les jours donc je ne sais même pas duquel je vais parler( Rires)… Ou bien par où commencer mais en général je dirais qu’il y a beaucoup trop de gros artistes qui négligent leurs images (Visuels). Je ne saurais pas vous donner la raison. Mais personnellement quand je vois les artistes nigérians ou ivoiriens qui mettent vraiment le paquet à tous les niveaux pour leurs projets et que certaines de nos grosses têtes peinent à avoir des visuels de qualité sincèrement c’est un peu décevant. Maintenant c’est leur carrière et leurs choix.

 

  • Pour revenir aux artworks, que faut-il pour réaliser un bon visuel ?

Beaucoup écouter (la musique, l’artiste, et même l’environnement). Je ne sais pas pour les autres mais pour moi c’est ça.

 

  • Il est donc important pour toi d’écouter la musique d’un artiste au préalable avant de faire son travail ?

Pas toujours mais ce serait l’idéal. Parce que là je m’imprègne mieux des émotions. Et du coup je peux mieux les transmettre. Mais souvent j’en ai pas besoin. Demandez à Dareal lol. Il en sait quelque chose.

 

  •  Qu’est ce qui s’est passée avec Dareal 

En fait, Dareal est l’artiste après ceux du Myster group avec qui on est vraiment en phase… On se comprend tellement bien que des fois il me donne juste le titre d’une chanson et puis l’inspiration est déjà là et dans le plus grand nombre de cas c’est ce qu’il voulait. On est arrivé à un niveau même où je fais la cover et c’est lui qui en donne l’explication  (Rires). On se fait souvent des VN de 5 minutes seulement pour parler d’une cover des fois c’est à mourir de rire quand j’y pense. Mais sincèrement c’est une bonne chose de bosser avec quelqu’un qui comprend vraiment chaque détails artistiques de votre œuvre. C’est magique !

 

  • Quel est le visuel dont tu es le plus fier ? Et pourquoi ?

Sans hésiter c’est celui que j’ai réalisé pour le projet « Gangster Rapper » de Kill B Psycatra. Pourquoi ? Parce que c’est le tout premier que je sors officiellement. Et les retours que j’ai eus dessus jusqu’à aujourd’hui me montrent que je n’ai pas eu tort de me lancer.

 

  • Quel est celui qui a été le plus difficile à réaliser ? Pourquoi ?

(Rires) c’est également celui de « Gangster Rapper » de Kill B Psycatra. J’en ai fait tellement de versions… Mince et à cette époque, je n’utilisais même aucun des logiciels que j’utilise aujourd’hui. Imaginez la difficulté.

 

  • Quels sont donc les logiciels que tu utilises pour réaliser tous ces visuels ?

Actuellement j’utilise photoshop et Illustrator…d’autres logiciels complémentaires aussi mais le plus gros du travail voire la majeure partie c’est sur ces deux logiciels.

 

  • Tu as fais tellement de visuels mais comment tu expliques que les gens ne comprennent toujours pas le travail des infographes ?

 

C’est comme avec l’art. Il faut une certaine ouverture d’esprit pour le comprendre, en connaître l’utilité et la valeur. Mais, surtout ça s’apprend. Moi, je continuerai à faire ce qu’il faut pour.

 

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#New Cover Artwork officielle du titre « Je m’en fous » de @m.i.m.i.e_ qui sortira ce vendredi #aograohix #AO

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  • Certains disent même que vos prestations coûtent trop chères…

 

C’est comme je disais plus haut c’est un problème d’ouverture d’esprit vraiment. Au pays des artistes font des séances studio à 100 000 FCFA, des clips à 1 000 000 FCFA mais estiment que 30 000 FCFA c’est trop cher pour le visuel de leur projet. Alors que des trois c’est l’audio et les visuels qui traversent réellement le temps. Un clip au bout de 6 mois il est démodé. Alors que jusqu’à ce jour, il y’a des gens qui ont encore des audios et des visuels  du premier album de Tupac dans leurs téléphones portables. Avec cet exemple, moi je pose la question donc à ces gens : Vous pensez que c’est cher de payer 30 000 FCFA pour exister pendant 10 ans ou bien 1 bâton ( 1 million, Ndrl) pour exister 6 mois ? Sincèrement c’est même risible à la limite. Loin de moi l’idée de rabaisser le travail des réalisateurs hein, attention ou bien l’importance des clips vidéos.

 

  • Est-ce que tu as des personnes dont tu t’inspires pour work ? D’autres graphistes par exemple…

 

Oui comme tout le monde. Le premier c’est Fifou. Un Français. C’est le cover master français. Ici au bled, il y’a Bine Moukouri pour son professionnalisme ( grande source d’inspiration) et Fred Abess ( c’est un génie quand il s’agit de logo). Pour ne citer que ceux là.

  • Au-delà des visuels, tu réalises souvent quelques tutoriels sur ton Facebook. La vidéo est un domaine qui te parle ?

 

Oui ça me parle. J’en ai fait auparavant. J’ai même d’ailleurs un clip, « Honor » de Lil’Steezy que j’ai réalisé en 2012 ou 2013 je crois. Mais bon pour l’instant je me limite aux tutoriels.

 

  • Non de loin de là, tu as sorti des t-shirts AO, le streetwear t’intéresse aussi ?

 

Oui ça m’intéresse mais c’est un projet que j’ai remis au frigo parce que je veux le mûrir davantage.  Ils sont sortis l’année passée. C’était des tests pour voir comment les gens réagissent par rapport à ça et je dois dire que j’étais agréablement surpris.

  • Finalement, tu ne fais que ça ? Tu t’en sors ?

 

( Rires) Non je ne fais pas que ça. Mais je m’en sors plutôt bien. Je crois! Personne ne s’est jamais plaint d’AO. Pas encore. ( Rires)

 

  • Enfin, si tu avais un conseil à donner aux futurs infographes ça serait quoi?

Osez.

 

  • Un dernier mot aux letchois…

 

Merci de m’avoir porté une attention pareille. Ça fait chaud au cœur de savoir que ses œuvres sont tellement bien accueillies au point où on cherche à rencontrer l’autre. Merci encore et continuez de faire ce que vous faites. Ça encourage.

 

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